Sébastien Anex

Editorial, 2015

Mémoire et avenir effacés en un instant

26.05.15 Chalan Lama, 28 ans, de Gang était en chemin pour réparer une canalisation d’eau. Il se sent aujourd’hui coupable de ne pas avoir pu aider sa famille prise au piège de la maison. Son fils et sa mère se sont retrouvés sous les décombres. La mère de Chalan, en voulant sauver son petit-fils de 18 mois, est morte. Le bébé est resté protégé par le corps de sa grand-mère durant les trois heures qu’il a fallu pour l’extraire des décombres.

nepal tremblement de terre maison

26.05.15 Dil Kumari Tamang, 35 ans, de Haibung, pleure tous les jours depuis le séisme. Sans ressource, elle peine à dépendre entièrement des autres pour, peut-être, un jour reconstruire la maison qui a vu naître ses ancêtres et ses enfants.

nepal tremblement de terre maison

26.05.15 Palden Lama, 48 ans, de Sindhukot  a cru que sa fin était venue lors du drame. Aujourd’hui, comme hanté par un esprit fantôme de la maison, il lui est impossible de se remémorer des souvenirs passés.

nepal tremblement de terre maison

26.05.15 Budhi Maya Tamang, 70 ans, de Haibung, s’est évanouie lors de la catastrophe. Lorsqu’elle a repris conscience, sa maison familiale était éventrée. Depuis, elle dort, entassée avec une autre famille, sous un abri de tôles.

nepal tremblement de terre maison

27.05.15 Binod Tamang, 26 ans, de Charikot était à Katmandou lors du tremblement de terre. Les lignes de téléphones étant coupées, il n’a pas pu avoir un seul contact avec sa famille, sauve, avant de rentrer un jour plus tard.

nepal tremblement de terre maison

27.05.15 Pankha Raut, 33 ans, de Charikot travaillait aux champs lorsqu’il a vu la maison construite par son père s’effondrer. Malgré un premier soulagement de voir les membres de sa famille seulement légèrement blessés, l’agriculteur demeure aujourd’hui le cœur brisé. Tous ses souvenirs étaient liés à cette bâtisse. Le plus fort ? Son marriage célébré ici même.

nepal tremblement de terre maison

27.05.15 Dudu Kumari Tamang, 27 ans, de Sindhukot avait enfin pu avoir accès à la propriété grâce au travail des hommes de la famille exilés dans la péninsule arabique. L’argent gagné dans les années à venir aurait dû permettre l’éducation des enfants.

nepal tremblement de terre maison

26.05.15 Mhendhu Lama, 68 ans, de Gang se terre, un mois après la catastrophe, encore dans un mutisme quasi constant. 50 ans de sa vie se sont effondrés. Cette existence loin de la capitale était rude, mais elle s’y était habitué et avait même appris à l’aimer. Sa seule question aujourd’hui: que faire maintenant ?

nepal tremblement de terre maison

Projektbeschrieb

Les ruines népalaises témoignent d’un oubli.
La promesse d’une poignée de dollars du gouvernement, éventuellement une bâche d’une ONG et, surtout, une maison détruite. Voilà ce avec quoi se retrouvent des milliers de Népalais quelques semaines avant la mousson. Et ceci, évidemment, sans la moindre assurance. Ces personnes ne feront pas partie du lourd décompte des morts, mais leurs vies sont fracassées. Même si certains Népalais ont eu la chance de voir les membres de leur famille épargnés, leurs existences seront à jamais bouleversées. Dans un pays aussi pauvre, chaque sou est compté. Le moindre pécule a une destinée. Pour reconstruire un abri de fortune, souvent en tôle, l’éducation des jeunes sera sacrifiée. Le bilan officiel du tremblement de terre, dépassant 8000 morts, ne sera presque qu’un pâle reflet de la situation catastrophique à venir, plusieurs années durant.
Courageux, ils restent cependant debout, ici devant leur foyer, leurs richesses perdues, pour narrer une partie de leur histoire.

Publikationsinformationen

Titel der Arbeit
Mémoire et avenir effacés en un instant
Agentur
LE MATIN
Kunde
LE MATIN
Publikation
LE MATIN
Ausgabe
05.06.2015
Seite(n)
18-19